samedi 17 décembre 2011

Saint-Roch: un autre viol à l'horizon?

Saint-Roch est un quartier qui a connu de nombreuses métamorphoses. C'est tout d'abord les chantiers navals au 19e siècle, sur lequel des immigrants irlandais et d'autres s'échinent pour le profit de patrons anglophones. C'est ensuite le quartier des chaussures et des tanneries, qui s'installent le long de la Saint-Charles, dont les conditions de travail difficile conduisent à l'émergence du syndicalisme québécois. C'est ensuite les manufactures, notamment la Dominion Corset, dont le millier d'ouvrières ramassent les miettes des profits faramineux dégagés par leurs patrons.

La ville se met ensuite de la partie. Elle met en branle toute une série de violents projets de démolition. On décide de faire de ce quartier un centre d'achat en expulsant les familles populaires. On défonce des maisons pour percer de multiples autoroutes pour les banlieusards. Un projet fou, délirant, la Grande-Place, est rejeté non sans avoir causé son lot d'expropriations et de démolitions C'est ensuite de grandioses institutions, l'Université du Québec, l'ENAP et cie, qui s'installent. Par pure fantaisie, Saint-Roch devient aussi le quartier des artistes.

Un viol est une relation sexuelle non-consentie. On peut donc dire que Saint-Roch a été mainte fois violé, puisqu'on a jamais réellement demandé l'avis de ses habitantEs pour lancer tous ces somptueux projets. On a simplement fait main basse dessus. On l'a torturé, utilisé, mutilé et on l'a rejeté, souillé.

Saint-Roch perd "plus de 40% de sa population entre 1966 et 1981, celle-ci passant de 11 787 à 6816" (source: La comédie urbaine de Québec).

Il n'y a aucun quartier à Québec qui a connu une violence aussi terrible.

Si bien qu'aujourd'hui, le centre du quartier est un ubuesque no man's land.
Il n'y a, grosso-modo, aucun logement dans toute la partie du quartier qui est ombragé. Ce ne sont que gamasins, institutions, stationnements, commerces et tours à bureaux.

Maintenant que toutes ces erreurs sont derrière nous, est-ce enfin terminé? Les habitant-e-s du quartier Saint-Roch auront-els enfin la paix?

Pas du tout.

Saint-Roch technoculture
La dernière idée géniale en lice, c'est Saint-Roch technoculture. Labeaume a eu cette vision en mangeant ses Fruit loops un matin: Saint-Roch sera maintenant technoculturel. Sa sérénissime altesse en a fait (refait en réalité) l'annonce devant une salle remplie à craquée de membres bedonnants de la chambre de commerce avant-hier. 

Et comment on lance de glorieux projets à mille lieux de la réalité des gens du quartier et ce, pour le seul et unique bénéfice de l'entreprise privée? Avec du fric public, pardi! 45 millions $ d'ici 2018. 

C'est déjà pas mal commencé, faut dire. L'École nationale du divertissement interactif (ENDI), une école privée avec une forte participation du gouvernement, fournit déjà des formations clé-en-main faites sur mesure pour l'entreprise privée. La main d'oeuvre bon marché ainsi produite ne demande qu'à être exploitée. Labeaume renchérit en disant miser aussi sur "divers programmes de formation et de mentorat dans le domaine des hautes technologies". Qui paie? Nous.

Et comme si ce n'était pas suffisant, la ville souhaite faire de la Place-de-l'Université (qui sera renommé, tenez-vous bien, Place Technoculture) un mini Time-Square.

Un côté attrayant qui se traduira aussi dans l’allure du centre-ville avec la confirmation de la place Technoculture où seront projetées des créations artistiques sur des bâtiments autour du jardin de Saint-roch. Cette idée du président de Beenox, Dominique Brown, est très avancée, a confirmé le maire hier. «C’est parti. Il a l’argent qu’il faut pour faire la recherche et développer. Moi, j’ai le goût de le faire, c’est certain!»

Ok la il faut que Régis nous explique ce projet saugrenu parce que le jardin Saint-Roch (un autre nom tient) est vide pour l'essentiel du temps. Les seules personnes qu'on y retrouve sont les gens des institutions environnantes qui viennent s'y prélasser sur l'heure du lunch, donc une heure par jour de semaine, essentiellement l'été. L'hiver oubliez ça, c'est mort. Pourquoi alors se soucier de décorer ce vortex de béton de "projections artistiques?" qui, on s'entend, comptera sans aucun doute un lot de publicités?

Et tout ça au profit d'entreprises privées pirates, qui, comme CGI (propriété de Québécor), tètent l'État et se dépêchent de quitter le quartier aussitôt que la mamelle subventionnaire se tarit. Pariez que les 400 employés seront ravis d'être redéployés de force loin d'un quartier populaire animé pour un désert de béton à Sainte-Foy. Et ce, dans le seul but de faire sauver quelques cennes sur le prix du loyer de leur patron.

Sur le front de la gentrification
Pendant ce temps, l'agressif embougeoisement du quartier se poursuit. GM Développement a des tonnes de projets de condos dans ses boites, notamment celui rue De la Salle.
On reconnaît ici l'esthétique grille-pain, aussi surnommé "le-promoteur-bourgeois-au-mauvais-gout-se-crissant-de-la-trame-urbaine". Un viol de plus pour Saint-Roch.

Et tout ça alors qu'on met des bâtons dans les roues du centre d'injection supervisé, alors que le quartier est le red light de la drogue et de la prostitution à Québec? On souhaite guérir de leur misère les pauvres en les aveuglants de diamant cheap dont on va maculer les facades?

Ou sont les artistes
Saint-Roch c'est la Mecque des artisses à Québec. On y retrouve le complexe Méduse, la maison jaune, la chambre blanche, la maison longue, l'école d'art de l'Université Laval et de fantastiques lofts pour les loger. 

Mais ou sont-ils quand leur quartier à besoin d'eux? Eux qui sont si subversifs, engagés et d'avant-garde? Eux qui se préoccupent tant des grandes causes sociales?

Seraient-ils trop occupés à têter leurs subventions?

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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